Nous étions six sœurs, toutes peureuses.
Ma sœur Atika, notre aînée, avait peur du cancer qui rongeait son sein droit. Alors elle fit substituer à celui-ci, une prothèse synthétique qu'elle glissait dans sa poitrine chaque matin. L'apparence était sauve. La nuit venue, elle éteignait les lumières de sa chambre, enlevait ses vêtements, puis — tel un être qui, horripilé à la vue d'une araignée parvenue jusqu'à ses genoux, la repousse avec effroi d'un geste brusque — retirait le morceau de plastique tenant lieu, le jour, de sein droit et le jetait dans la pénombre du placard, en veillant à éviter de le regarder.
Atika vivait dans la peur constante de voir le cancer gagner son sein gauche, puis son ventre, sa gorge, voire son utérus, puis gangrener tout son corps. Elle s'habitua à l'angoisse qui précédait chacune de ses visites régulières à l'hôpital, mais ne réussit jamais à vaincre la peur que générait son état.
J'observais souvent les obsessions de ma sœur aînée ; je les devinais et les anticipais. Alors je la prenais dans mes bras, caressais ses beaux cheveux, tentais de la rassurer et l'aider à chasser les fantômes de la peur.
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extrait d'une nouvelle inédite de l'écrivain et journaliste iraqienne Inaam Kachachi ou elle conte les destins de six sœurs, dont chacune vit la peur sur un mode différent.
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