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Dimanche 25 Juin 2006
"C'est pour le cancer qu'il y a le plus de nouveaux traitements"
La surconsommation, l'homéopathie, les essais thérapeutiques... Yves Juillet, médecin et conseiller du Président du LEEM (les entreprises du médicament), a répondu à vos nombreuses questions pratiques et scientifiques.

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"Des effets indésirables graves peuvent être complètement indétectables lors des essais cliniques"

Combien d'essais sont menés aujourd'hui en France ?
Yves Juillet : Actuellement en France, il y a environ 1500 essais cliniques qui sont réalisés chaque année.

On retire du marché 3 médicaments par an. Est-ce parce que les tests cliniques ne sont pas assez poussés au départ ?
Ce n'est pas la raison. Il peut arriver que des effets indésirables graves soient complètement indétectables lors des essais cliniques en raison par exemple d'une sensibilité allergique particulière mais exceptionnelle à un médicament. Cet effet peut survenir une fois sur 100 000 par exemple, et pourtant conduire au retrait d'un produit s'il est considéré comme trop grave par rapport au bénéfice apporté par le médicament.

Collaborez-vous avec des Associations de patients, de victimes, de consommateurs ?
Oui en effet, nous avons des relations avec des associations de malades. Ces relations peuvent exister directement entre un laboratoire pharmaceutique et une association spécifique intéressée par une maladie donnée, comme le diabète par exemple. Il existe aussi des relations transversales sur des sujets d'intérêt commun, comme les essais cliniques, les informations données aux malades, ou la consultation de sites Internet consacrés à la santé et aux médicaments.

Si tous les Français achètent des génériques, est-ce que les industries pharmaceutiques vont faire faillite ?
L'industrie pharmaceutique de recherche est rentabilisée par la commercialisation des produits nouveaux. Pour développer leur activité, elles ont besoin de trouver des solutions thérapeutiques apportant des progrès aux malades. Les médicaments génériques ont leur place légitime dans les traitements classiques. Il n'y a donc pas d'incompatibilité.

"Il y a en France une tradition de prescription qui peut conduire à des consommations plus importantes."

La France est un grand producteur de médicaments. La pression commerciale pour en vendre sur le marché intérieur n'explique-t-elle pas la consommation excessive de certains produits comme les benzodiazépines ?
Il n'y a pas en France de pression commerciale supérieure à ce qui peut exister dans d'autres pays. Il y a une tradition de prescription qui peut conduire dans certains cas à des consommations plus importantes.

Pourquoi les visiteurs médicaux sont-ils payés par les laboratoires ? L'information pour les médecins devrait être indépendante, non ?
Les médecins ont un accès quotidien à toute une série d'informations que l'on peut qualifier d'indépendantes. Les visiteurs médicaux, eux, ont une fonction complémentaire portant surtout sur les produits nouveaux.

Est-ce que l'homéopathie est soumise aux mêmes règlementations ?
L'homéopathie fait l'objet d'une réglementation spécifique garantissant la qualité pharmaceutique de ses préparations et permettant de donner des informations sur l'activité de ces produits.

Pour consommer moins de médicaments, ne suffirait-il pas de les vendre "uniquement sur ordonnance" au lieu de les laisser en vente libre?
La plupart des médicaments sont vendus sur ordonnance (plus de 90 %), les produits dits de médication familiale sont destinés à traiter des pathologies banales ou ne présentant pas de caractère de gravité.

Quels sont les nouveaux traitements à venir ?
La recherche porte actuellement sur les maladies pour lesquelles il n'y a pas encore de traitement curatif suffisant, comme par exemple le cancer, le sida, la maladie d'Alzheimer...

"40 % des nouveaux médicaments sont issus des biotechnologies."

Le problème ne réside-t-il pas dans la faiblesse de l'investissement dans la recherche publique ? Les labos sont obligés de faire une énorme pression commerciale pour rentabiliser leur R&D et se focaliser sur les maladies à fort potentiel comme l'obésité.
Il est exact que la quasi totalité des investissements R&D sur le médicament est faite par les entreprises. Il n'y a pas d'incompatibilité avec les besoins thérapeutiques puisque il y a une cohérence entre les besoins des malades et les possibilités de succès commercial.

Les effets à long terme des médicaments, rarement étudiés, ne sont-ils pas des bombes à retardement ?
Au cours du développement, il est difficile d'identifier des effets indésirables ne survenant que sur le long terme. Il est donc nécessaire de poursuivre tout au long de sa commercialisation la surveillance des effets indésirables d'un médicament donné. La difficulté est de différencier dans une population la survenue d'effets indésirables liés directement au médicament par rapport à des événements survenant spontanément.

Les biotechnologies vont-elles remplacer les médicaments classiques ?
Il est vrai que les biotechnologies apportent un éclairage nouveau et des possibilités renouvelées dans la recherche. Mais il y aura toujours une place pour les médicaments dits classiques. Actuellement, environ 40 % des nouveaux médicaments sont issus des biotechnologies.

La thérapie génique, c'est la fin des médicaments ?
La thérapie génique apportera des solutions spécifiques à des pathologies très particulières et rares dites monogéniques (déficit enzymatique). Elle ne permettra pas directement la guérison des pathologies classiques les plus fréquentes.

Si on prend un médicament dont la date limite est dépassée, c'est dangereux ou juste inefficace ?
Il est très important de respecter les dates limite d'utilisation d'un médicament, au-delà peuvent survenir soit une diminution de l'efficacité, et/ou une dégradation des produits pouvant conduire dans des cas rares à des effets indésirables.

"Avant de débuter, chaque étude doit faire l'objet d'un avis favorable à la fois d'un comité d'éthique et des autorités."

Les cobayes humains sont-ils toujours volontaires ? Y a-t-il des pratiques médicales effectuées sans le consentement d'un patient ?
Tout essai clinique doit être réalisé avec le consentement dit éclairé des malades volontaires pour participer. Un essai qui serait réalisé dans des conditions différentes ne serait pas éthiquement acceptable, ses résultats seraient de toute façon non pris en compte par les autorités sanitaires. Chaque étude doit avant de débuter faire l'objet d'un avis favorable à la fois d'un comité d'éthique (de protection des personnes), et des autorités. Le consentement des malades est un élément essentiel particulièrement étudié par ceux qui vont donner cette autorisation.

Est-ce que sont faits des essais pour des préparations en pharmacie, cf. affaires des extraits thyroïdiens ? Est-ce ça pose des questions sur la sécurité de ce type de préparation ?
Il n'y a pas d'effet spécifique pour les préparations en pharmacie. Mais normalement celles-ci ne peuvent être effectuées que sur la prescription d'un médecin qui lui-même doit respecter, dans son ordonnance, les doses classiques d'un produit dans ses indications.

La tradition de soins française repose sur la prescription. Certains pays comme le Danemark ont une autre vision de la médecine, moins médicaments-dépendante. Ne souffre-t-on pas en France d'un dogmatisme excessif qui encourage à prescrire quand c'est évitable (excès de cholestérol la plupart du temps, rhumes bénins, insomnies légères) ?
La tradition de soins en France est très médicalisée. On note en effet par rapport à d'autres pays plus de consultations médicales. La conséquence directe en est des prescriptions plus fréquentes (à nombre de consultations égales, il n'y a pas plus de prescriptions en France que dans les autres pays). C'est la responsabilité du médecin de juger s'il y a lieu ou non d'initier une prescription.

A votre avis, quelle est la part de "l'effet placebo" dans un médicament ?
L'effet placebo est important en particulier dans toutes les pathologies entraînant des symptômes fonctionnels. Mais tout médicament doit démontrer sa supériorité par rapport à cet effet placebo. Et ceci est particulièrement vrai dans la douleur, les médicaments anti-douleur ont une efficacité démontrée par rapport à l'effet placebo pourtant important dans ce cas.

"Les médicaments ont une activité complémentaire aux alicaments, et en général supérieure, il n'y a donc pas de concurrence directe"

Les OGM vous semblent-ils une piste prometteuse pour des futurs médicaments ?
Les biotechnologies qui utilisent les OGM sont déjà à l'origine de beaucoup de médicaments, et le seront encore plus dans le futur. Les animaux transgéniques ont un intérêt également sur le plan expérimental car présentant une uniformité biologique facilitant l'étude des effets positifs ou négatifs sur l'organisme.

En France, on est obligé d'acheter des boites entières de médicaments. Dans certains pays, on distribue juste ce qu'il faut. Etes-vous favorable à cette mesure ?
La contenance des boîtes de médicaments est calculée pour être adaptée à la durée normale d'un traitement. Cette contenance est fixée par les autorités. La présentation sous forme de boîte apporte une garantie importante au consommateur par rapport à la présentation unitaire, en particulier en matière de conservation des produits et de risques d'erreurs.

Sur Internet il y a beaucoup de pub pour des médicaments. Comment luttez-vous contre la contrefaçon ?
Il y a un risque très important d'acheter des médicaments sur Internet. En effet, il n'y aucune garantie que le produit proposé soit un vrai médicament et non une contrefaçon (c'est le moyen que les fraudeurs utilisent pour écouler leur marchandise). Un seul conseil, donc : ne jamais acheter de médicaments sur Internet.

Est-il prouvé par des études que les médicaments allongent l'espérance de vie ?
Bien évidemment, dans certaines pathologies un allongement de l'espérance de vie est une exigence à la fois liée aux besoins des malades et aux demandes des autorités. Deux exemples : le cancer, et les maladies cardiaques.

Les expériences sur les animaux peuvent-elles être vraiment transposées chez l'homme ?
L'expérimentation animale est nécessaire dans la mesure où l'expérimentation isolée sur des cellules est insuffisante pour donner des informations sur à la fois le devenir d'un médicament et sur ses effets sur l'ensemble de l'organisme. Il est important malgré tout de limiter les études chez l'animal au minimum nécessaire et de s'entourer de toutes les garanties pour que ces études soient réalisées dans des conditions acceptables, limitant en particulier la douleur.

Que pensez-vous des alicaments ? Est-ce une concurrence pour les médicaments classiques (anti-cholestérol par exemple) ?
Les mesures hygiéno-diététiques sont indispensables dans un certain nombre de cas, les alicaments répondent à ces besoins. Les médicaments ont une activité complémentaire, et en général supérieure, il n'y a donc pas de concurrence directe.

En 2000, l'Américaine pesait 20% de plus que la Française moyenne (10% d'écart chez les hommes). Les doses administrées dans l'immense majorité des cas sont identiques dans les deux pays. N'y a-t-il pas un manque de prise en compte des spécificités des patients, tant sur la plan national qu'individuel ?
Les essais sont toujours réalisés sur des populations présentant un profil moyen. C'est le rôle du médecin d'adapter en particulier les doses aux spécificités de chacun de ses malades, y compris son poids.

Consomme-t-on trop de médicaments ?
La consommation de médicaments doit toujours être adaptée aux besoins spécifiques de chacun. C'est le rôle des professionnels de la santé de procéder à cet ajustement, à la fois au moment de la prescription par le médecin et lors de la dispensation par le pharmacien. C'est aussi à chacun d'entre nous devant son médecin de lui poser éventuellement la question sur la nécessité ou non de prendre tel ou tel médicament.

Comment expliquer que la France soit le premier consommateur d'antidépresseurs ? Est-ce un lobby particulièrement puissant ?
Pour des raisons peu explicables, la France est devenue un des pays où les pathologies neuropsychiques sont les plus fréquentes en Europe, y compris le taux de suicide. Il n'est donc pas incohérent que la consommation de psychotropes en général et d'antidépresseurs en particulier soit importante. A noter également une prise en charge particulièrement attentive de ces pathologies sur le plan médical par rapport à d'autres pays. Cette consommation n'est-elle pas le reflet aussi de cette situation?

Pour le cas du cancer par exemple, le traitement est très lourd à supporter par les malades, pourquoi les progrès sont si tardifs en la matière ?
En fait les progrès thérapeutiques dans le cancer sont de plus en plus importants, aussi bien sur le plan de l'efficacité que sur celui de la tolérance, même si dans certains cas de chimiothérapies lourdes les traitements restent difficiles à supporter. C'est dans le cancer qu'il y a actuellement le plus de traitements nouveaux, tentant d'apporter des réponses à ces questions.

Yves Juillet : J'ai été très heureux de pouvoir répondre à vos questions. J'espère vous avoir apporté des informations utiles. A très bientôt.

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